À travers ‘petal’, Ariana Grande reprend la main sur l’histoire qu’elle veut raconter

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Ça y est. Deux ans après Eternal Sunshine, Ariana Grande fait son grand retour avec Petal, un disque plus frontal, plus mélancolique et surtout plus mordant.

Disponible depuis le 31 juillet, Petal, le huitième album studio d’Ariana Grande, signe le retour de la chanteuse américaine sur la scène musicale après son passage très remarqué au cinéma dans Wicked. Avec ses 12 morceaux, le projet accompagne le début d’une tournée de 41 concerts, déjà complète. Mais derrière cette nouvelle ère musicale se cache un album beaucoup plus personnel qu’il n’en a l’air. Les années de controverses, les épreuves personnelles et les critiques répétées semblent avoir changé en profondeur la façon dont Ariana Grande aborde aujourd’hui l’écriture.

Quand la musique passe après le reste

Depuis quelque temps, Ariana Grande semble avoir de plus en plus de mal à être simplement considérée comme une artiste. Son physique est analysé, son apparence commentée, ses relations amoureuses décortiquées et jusqu’à sa façon de s’exprimer devient matière à débat. Sur les réseaux sociaux, chacune de ses apparitions semble donner lieu à de nouvelles interprétations sur la personne qu’elle serait devenue.

Avec Petal, la chanteuse ne cherche pourtant pas à répondre frontalement à toutes ces critiques. Elle préfère emprunter un chemin différent : raconter ce que toutes ces années passées sous le regard du public ont changé dans sa façon de créer. Avant la sortie du disque, Ariana Grande expliquait déjà que cet album était né d’un espace émotionnel qu’elle n’avait encore jamais exploré dans son écriture. Certaines choses étaient jusque-là trop difficiles à transformer en chansons, comme si l’image publique avait progressivement pris le dessus sur l’artiste. Petal ressemble ainsi à un besoin presque naturel de retrouver sa liberté créative. Ariana Grande semble vouloir abandonner les paroles que le public aimerait entendre pour enfin mettre en musique des émotions qu’elle avait longtemps gardées pour elle.

Cette réserve prend tout son sens lorsqu’on regarde son parcours récent. Sa musique a souvent été accompagnée d’une histoire qui ne dépendait plus vraiment d’elle. L’attentat de Manchester, la mort de Mac Miller, les controverses liées à sa vie privée ou encore les remarques permanentes sur son apparence ont progressivement modifié la manière dont son travail est perçu. Chaque nouvel album semblait ainsi arriver avec une narration déjà construite par les médias, les réseaux et le public. Avec Petal, Ariana Grande semble vouloir reprendre elle-même le contrôle de cette histoire.

“I’m equally excited to see how they react to every single song,”

Ariana Grande pour Apple Music

Écrire sans se définir par ses blessures

Cette volonté de prendre de la distance apparaît également dans les textes. Certains morceaux s’éloignent volontairement du schéma autobiographique traditionnel. À plusieurs reprises, Ariana Grande utilise la troisième personne pour évoquer certaines expériences, comme si elle observait son propre parcours depuis l’extérieur. Cette distance ne rend pas les chansons moins personnelles. Au contraire, elle renforce parfois leur impact. Après avoir vu son histoire racontée pendant des années par les médias et commentée par le public, la chanteuse semble chercher une nouvelle façon de reprendre la parole sans transformer chaque chanson en confession intime.

Ariana Grande via Instagram (@arianagrande)

Sur le morceau-titre, petal, Ariana Grande interroge le lien entre souffrance et création. « On dit que les artistes ont besoin de larmes pour écrire à nouveau », chante-t-elle, avant de prendre immédiatement ses distances avec cette idée. « Ce n’est pas un appel à l’aide », affirme-t-elle ensuite, refusant d’être réduite à ses blessures. Plus loin, elle va encore plus loin : « Je ne suis pas une victime », avant de confier qu’elle est « fatiguée de peindre sans cesse le portrait d’une vie qui n’est pas la sienne ». En quelques lignes, Ariana Grande résume ce qui traverse tout l’album : le refus de continuer à incarner le personnage que les autres attendent d’elle pour enfin retrouver une voix qui lui appartient.

Lors d’une interview accordée à Apple Music, Ariana Grande s’est confiée sur cette nouvelle façon d’écrire, plus spontanée et moins filtrée. Elle explique : « Je suis généralement trop timide pour aller dans cette direction. Cette fois, je me suis moins censurée que d’habitude. Je réécris souvent beaucoup mes textes pour les rendre un peu plus doux. Cette fois, je ne l’ai pas fait. » Une manière pour elle de laisser davantage de place à ses émotions brutes, sans chercher à les adoucir ou à les rendre plus faciles à accepter.

Le cinéma pour raconter sa propre histoire

Le clip de Petal pousse cette réflexion encore plus loin en utilisant les codes du cinéma. Ariana Grande y interprète Pepper, une jeune femme qui participe à une succession d’auditions face à un jury entièrement masculin.
Mais les remarques qu’elle reçoit concernent rarement ses capacités artistiques. On lui reproche son apparence, son manque de charme ou encore son incapacité à correspondre parfaitement aux attentes du jury.
À chaque nouvel échec, Pepper revient avec une apparence différente, comme si elle devait constamment modifier son identité pour avoir une chance d’être acceptée. Pendant ce temps, les autres candidates reproduisent continuellement la même chorégraphie. Ce qui paraît d’abord élégant devient progressivement répétitif et presque robotique. Les danseuses finissent par ressembler à des marionnettes, une représentation qui peut être lue comme une critique d’une industrie poussant les femmes à se conformer aux standards imposés.

Le clip multiplie également les références cinématographiques et artistiques. Après un premier rejet, Pepper apparaît notamment vêtue de noir, dans une transformation qui rappelle celle de Sandy dans Grease. Mais ici, le changement d’apparence ne lui permet pas d’obtenir davantage de reconnaissance. Elle tente plusieurs versions d’elle-même, sans jamais réussir à satisfaire le jury. Finalement, elle retrouve son apparence initiale, toujours sans obtenir son approbation. La scène particulièrement violente inspirée de Samurai Fiction vient alors symboliser une véritable rupture. Lorsque Pepper s’en prend physiquement aux membres du jury, elle ne semble plus seulement combattre quelques directeurs de casting, mais toutes les règles et injonctions qui ont participé à construire son image. Le tableau The Herd Quitter de Charles Marion Russell ajoute une autre dimension au message. L’œuvre représente un bison qui s’éloigne du troupeau, une image qui peut faire écho au choix d’une artiste de ne plus suivre les attentes collectives.

Ariana Grande via instagram (@arianagrande)

Cette idée se retrouve également dans les dernières scènes du clip. Une fleur apparaît à travers une étoile du Hollywood Walk of Fame avant de se détériorer progressivement à mesure que les refus s’accumulent. Puis le spectateur comprend que l’audition à laquelle Pepper participait n’était en réalité qu’un tournage. Elle était déjà une star. Elle n’avait donc jamais réellement eu besoin de convaincre ce jury. La véritable reconnaissance arrive au moment où elle arrête de chercher son approbation. Cette conclusion rejoint directement le message de Petal. Ariana Grande ne tente plus de modifier les événements qui ont marqué son parcours. Elle semble plutôt vouloir reprendre le contrôle de l’image construite autour d’elle au fil des années.

Mon coup de coeur

Ayant grandis avec Ariana Grande, nul doutes que cet album m’a touché au plus haut point. Eternal Sunshine, sortie en 2024, parcours ses faces les plus vulnérables ainsi que sa passion amoureuse ; avec petal , Ariana nous invite dans les ténèbres de son coeur.

Pour moi, c’est vraiment dans l’écriture que Petal prend toute sa force. Ariana avait décrit l’album comme étant « a little feral », et je trouve que ça lui va parfaitement. Elle ose cette fois explorer des émotions plus brutes comme la frustration, la déception ou encore l’amertume, tout en laissant une grande place à la vulnérabilité et au désir. L’amour reste très présent, mais j’ai l’impression qu’il représente aussi le poids de la célébrité, du regard des autres et de cette impression d’être constamment observée et jugée.

Ce que j’aime surtout avec Petal, c’est qu’on découvre une Ariana plus libre et plus assumée. Elle ne cherche pas à tout expliquer ni à donner des réponses parfaites, elle accepte simplement ses contradictions et ses émotions. Pour moi, c’est ce qui fait de cet album un vrai nouveau chapitre : elle garde ce qui fait son identité musicale, tout en nous montrant une facette plus audacieuse, mature et personnelle de son écriture.

L’article a été inspiré de plusieurs autres articles

Commentaires

6 réponses à « À travers ‘petal’, Ariana Grande reprend la main sur l’histoire qu’elle veut raconter »

  1. Avatar de tahina
    tahina

    je pars écouter son nouvel album direct !!!

    1. Avatar de ferielmsa
      ferielmsa

      je pense que tu vas adorer !!

  2. Avatar de heltongm
    heltongm

    oh well song of the year

    1. Avatar de ferielmsa
      ferielmsa

      also album of the year

  3. Avatar de delyagsmi
    delyagsmi

    Olala quelle femme inspirante ! Je vais de ce pas découvrir ce bel album 😉

    1. Avatar de ferielmsa
      ferielmsa

      hâte d’avoir ta review

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