Joan Baez, la voix du folk

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Joan Baez est l’une des grandes figures de la musique folk américaine. Elle est à la fois interprète, musicienne, passeuse de chansons, auteure-compositrice et militante.

Joan Baez se fait connaître à la fin des années 1950, au moment où le folk américain connaît un important renouveau. Elle commence notamment à se produire dans les clubs et cafés de la scène folk de Cambridge, puis apparaît au Newport Folk Festival en 1959. Son premier album paraît en 1960.

Sa voix, très claire et immédiatement reconnaissable, devient l’une des caractéristiques du mouvement folk. Mais son importance vient aussi de son choix de répertoire.

Baez ne cherche pas nécessairement à tout écrire elle-même. Elle puise dans les chansons traditionnelles, les ballades anciennes, les chansons de travailleurs et les compositions d’autres auteurs. Elle donne ainsi une nouvelle vie à des chansons qui auraient pu rester cantonnées à certaines communautés ou à certains répertoires.

Une interprète et une passeuse

Une grande partie du répertoire de Joan Baez est composée de reprises. « House of the Rising Sun », chanson traditionnelle américaine qu’elle enregistre dès 1960, montre comment une chanson folk peut circuler entre différents artistes et styles. Elle reprend aussi « Wild Mountain Thyme », issue des traditions britannique et irlandaise, ainsi que « The Water is Wide », une ballade folklorique traditionnelle d’origine écossaise et britannique.

The Water is Wide

Avec « Girl of Constant Sorrow », adaptation féminine de Man of Constant Sorrow, Baez transforme le répertoire traditionnel pour l’adapter à sa propre voix. Elle reprend également « 500 Miles », associée à la compositrice folk Hedy West.

Enfin, « Plaisir d’amour » est une reprise particulièrement surprenante : cette romance française de 1784, écrite par Jean-Pierre Claris de Florian et composée par Jean-Paul-Égide Martini, Baez l’enregistre en 1961, en français et en anglais.

Plaisir d’amour ne dure qu’un moment,
Chagrin d’amour dure toute la vie.
J’ai tout quitté pour l’ingrate Sylvie,
Elle me quitte et prend un autre amant.

Plaisir d’amour ne dure qu’un moment,
Chagrin d’amour dure toute la vie.
Tant que cette eau coulera doucement
Vers ce ruisseau qui borde la prairie,
Je t’aimerai, me répétait Sylvie ;
L’eau coule encor, elle a changé pourtant !

Plaisir d’amour ne dure qu’un moment,
Chagrin d’amour dure toute la vie

Jean-Pierre Claris de Florian

Ce choix montre son intérêt pour les chansons traditionnelles et pour les œuvres qui traversent les époques et les frontières. En interprétant cette romance, elle donne ainsi une nouvelle vie à une chanson ancienne et l’intègre à son propre univers musical en jouant le rôle de « passeuse » : elle fait circuler des chansons entre différentes époques, cultures et traditions.

The joys of love are but a moment long
The pain of love endures the whole life long

Your eyes kissed mine, I saw the love in them shine
You brought me heaven right there when your eyes kissed mine

My love loves me, a world of wonder I see
A rainbow shines through my window; my love loves me

And now he’s gone like a dream that fades in the dawn
But the words stay locked in my heartstrings; my love loves me

Interprétation de Joan Baez

Bob Dylan et Joan Baez

Joan Baez rencontre Bob Dylan au début des années 1960.

Elle reprend notamment « Blowin’ in the Wind », et « Farewell, Angelina ».

It Ain’t Me, Babe est particulièrement importante dans leur histoire, puisqu’ils la chantent ensemble au Newport Folk Festival en 1964.

Leur relation est à la fois personnelle et musicale : ils sont amants, amis et partenaires de scène, tout en étant deux grandes figures du folk des années 1960. Plus tard, Baez transforme leur histoire en création avec « Diamonds & Rust », écrite dans les années 1970. La chanson évoque leur relation passée et le passage du temps, symbolisé par les « diamants » et la « rouille ».

Leonard Cohen et Joan Baez

Joan Baez reprend plusieurs chansons de Leonard Cohen, notamment « Suzanne », contribuant ainsi à faire connaître son univers auprès du public folk. Sa voix douce et expressive met en valeur la poésie et les émotions présentes dans les textes de Cohen. Elle enregistre également « Famous Blue Raincoat » , une chanson plus personnelle et narrative, construite comme une lettre. Ces reprises montrent l’intérêt de Baez pour l’écriture de Cohen, souvent marquée par l’amour, la mélancolie et la réflexion sur les relations humaines. Elles contribuent aussi à rapprocher leurs deux univers musicaux, fondés sur l’importance des paroles et de l’interprétation.

Musique et engagement politique

« Where Have All the Flowers Gone? »

Écrite par Pete Seeger, cette chanson devient l’un des grands chants pacifistes du XXᵉ siècle. Elle évoque le cycle de la guerre : les jeunes partent, meurent, puis le cycle recommence. Joan Baez l’intègre à son répertoire pendant la guerre du Vietnam. Sa simplicité renforce son message antimilitariste.

« Blowin’ in the Wind »

Écrite par Bob Dylan, la chanson aborde la liberté, la guerre et l’injustice. Baez contribue à la populariser et lui donne une dimension particulière en la chantant elle-même dans le cadre des luttes pour les droits civiques et la paix.

« We Shall Overcome »

Chant issu d’une longue tradition collective, notamment religieuse afro-américaine, il devient un hymne du mouvement des droits civiques. Joan Baez le chante notamment avec Martin Luther King Jr. et lors de la Marche sur Washington de 1963. La chanson devient ainsi un véritable symbole de mobilisation collective.

Baez représente une conception particulière de la musique : une chanson appartient à celui qui l’a écrite, mais elle peut ensuite voyager, être réinterprétée, changer de contexte et prendre un nouveau sens.

Commentaires

Une réponse à « Joan Baez, la voix du folk »

  1. Avatar de Maddona
    Maddona

    Merci pour cet article intéressant

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